Des bruits inhabituels dans la maison me réveillent… Il n’est pas encore 7 heures.

Le temps de voir de quoi il s’agit et de me préparer, mon mari fait irruption dans ma chambre pour m’informer que deux gendarmes sont là depuis 6 heures du matin et m’attendent.

Pourquoi donc?

«Ils savent tout, me dit-il, concernant le «produit», d’où il vient, qu’il a transité par les U.S.A,   à quelle date il a été expédié… Je ne voulais pas qu’ils te réveillent (je me lève habituellement entre 9h et 9h45. je les ai fait patienter en décrivant en détail le processus de ta maladie: un myélome depuis 2005, une affection longue et douloureuse avec une première rechute ne pouvant que laisser présager une fin épouvantable et que le fait d’avoir ce produit à disposition te permettait de profiter sereinement du présent.»

(Seuls les détails de la maladie constitueront sa déposition).

Les gendarmes laissent  mon mari me servir mon petit déjeuner avec mon traitement.

Ils patientent me disent-ils.

Les bruits insolites qui m’ont réveillée étaient dus à l’établissement d’un état des lieux de la maison.

J’apprends que cette perquisition est d’ampleur nationale déclenchée par le parquet de Paris – pôle santé – en liaison avec une plainte de la police des U.S.A.

Le gendarme (le deuxième, très jeune n’a jamais ouvert la bouche, était-il stagiaire?) me certifie qu’il comprend très bien ma situation, partage mes convictions, déplore d’avoir àexécuter de tels ordres, mais qu’il ne repartira pas sans le produit.

Je rétorque que deux individus ne peuvent perquisitionner toute la maison plus le garage.

Il m’affirme  que dans ce cas qu’après accord de Paris une équipe nombreuse sera envoyée…

Le temps s’étire, on parlemente. Je prétends qu’il leur est impossible de trouver le produit.

Il affirme le contraire.

Nous nous opposons longuement.

La discussion reste néanmoins courtoise.

Je laisse s’écouler les heures. Mais sans cesse, comme un leitmotiv il fait pression sous différentes formes.

Régulièrement, il reçoit un appel et sort téléphoner dans le jardin.

J’ai un rendez-vous important l’après-midi qu’il serait vraiment fort ennuyeux de rater…

Les heures passent et je pressens que je ne m’en sortirai pas de toute façon.

À midi, je craque. Je jette sur la table les 2 flacons dans leur sac isotherme et leur demande «de foutre le camp».

À ma grande surprise, il enfile des gants en latex, pose un masque pour protéger nez et bouche, sort les flacons de leur sac et photographie d’abord chaque  flacon (2) puis le sac, remplit ensuite 3 étiquettes qu’il me demande de signer.

J’hésite. Ne comprenant pas l’intérêt d’un refus qui, m’est-il spécifié serait notifié, je signe ma déposition sur laquelle je demande à récupérer mes flacons dès que la loi concernant la fin de vie aura été changée.

Il est bientôt 13 heures.

Je suis très en colère.

J’ai perdu, j’ai craqué, je me suis fait dépouiller et je sens déjà qu’après avoir gardé mon calme et argumenté toute une matinée je vais me retrouver au même point sans ces 2 flacons qui me permettaient de jouir pleinement et sereinement des jours qu’il me reste à vivre avant le dernier «grand chambardement», le réveil brutal de la maladie et les douleurs intolérables qui se prolongent sans autre issue que la mort certaine.

Oui, je suis en colère.

Me voici à nouveau complètement désemparée.

Un regret:

Ayant été informée quelques semaines plus tôt d’une opération policière similaire en Australie et ayant pressenti que cela pouvait survenir également en France, j’ai repoussé très vite l’idée d’une telle hypothèse afin que rien ne vienne troubler ma sérénité.

Je pense aujourd’hui que j’aurais pu envisager calmement cette éventualité afin de me préparer à y faire face. (J’ai ouï dire que certains ont trouvé la parade.)